Versailles sur écoutes


Nos auteurs font souvent des découvertes passionnantes : vous pouvez lire ci-dessous comment Jean-Marc Degoulange a découvert que les Français avaient espionné les Allemands pendant toutes les négociations du traité de Versailles :

« Comment ai-je découvert cette action d’espionnage du service de renseignement français ?

La surveillance des communications diplomatiques a toujours été un enjeu majeur, quel que soit le pays, quelle que soit la période.

Il m’a semblé intéressant de chercher s’il existait des archives relatives à des interceptions après la signature de l’armistice ayant trait au contexte et aux tractations en vue du traité de paix. J’ai consulté l’inventaire sommaire des archives de guerre du service historique de la Défense dans lequel un dossier rassemblait des procès-verbaux d’écoute rédigés au fil des conversations interceptées par six officiers interprètes entre le 4 mai et le 7 juillet 1919

Les 733 feuillets qui couvrent la période du 4 mai au 28 juin 1919 révèlent le choc subi par l’Allemagne après avoir pris connaissance du projet de traité de paix le 7 mai et indiquent une position de refus de signer. Après l’effroi, le suivi des conversations dévoile l’organisation mise en place par les Allemands pour tenter de faire évoluer certains points du traité en présentant des contre-propositions dont plusieurs sont évoquées.

Le 29 mai : après la remise des observations allemandes, un journaliste allemand révèle une conversation avec le chef de la délégation à qui Berlin a donné des consignes de fermeté. Àla suite de l’injonction alliée de signer ou de refuser le traité de paix d’ici cinq jours, la délégation et le gouvernement se rendent à Weimar où les parlementaires les attendent. 

Le 20 juin : les communications interceptées indiquent la chute du cabinet Scheidemann après des débats houleux et soulignent la volonté du nouveau cabinet Bauer de signer le traité. 

Le 22 juin : on apprend la résolution allemande de minorer le prestige de la cérémonie de signature en envoyant un inconnu pour signer. En soirée une conversation fait état d’une demande d’instruction au gouvernement au vu du rejet des contre-propositions et de l’ultimatum fixé pour donner une réponse sur la signature d’ici 24 heures. 

Le 23 juin : la réponse du gouvernement allemand d’acceptation de signer le traité est remise aux Alliés.

Au bilan, la mise sous écoute de la délégation allemande a directement contribué à orienter ou à conforter Clemenceau dans sa ligne de conduite ferme et résolue, pour contraindre l’Allemagne à la signature du traité de paix et pour obtenir des Britanniques et des Américains les garanties de sécurité et de réparations recherchées par la France.

Comme le dira le lieutenant-colonel de Cointet, chef du bureau renseignement du GQG, grâce aux interceptions téléphoniques et télégraphiques, "Monsieur Clemenceau a eu le jeu amplement facilité". »

Et pour en apprendre davantage sur le rôle des écoutes dans la Victoire, c'est par ici : https://bit.ly/2LZlnTh

Versailles sur écoutes
Posté le 20/06/2019 par Pierre de Taillac

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