Message de Jean Louis Spieser - Lettres à Elise


Quatre ans, c'est le temps qu'il a fallu à Jean-Louis Spieser pour recueillir et traduire des centaines de lettres de soldats prussiens de 1870, pour réunir tout ce travail en un ouvrage passionnant, puis pour trouver un éditeur. Et le 13 mars, c'est l'aboutissement de ces quatre années de travail, le livre paraît ! Seulement, le lendemain, tout le pays est mis à l'arrêt, et le confinement est déclaré… Voici la mésaventure qu'a connu Jean-Louis Spieser, l'auteur de Lettres à Elise :

« Si on m’avait dit ça ! … Non, mais quel mauvais scénario !
Début 2016 me vient l’idée de présenter la guerre de 1870 à travers la correspondance de soldats prussiens. Je viens de découvrir fortuitement 2 600 courriers inédits qui dorment sur le site de la bibliothèque universitaire de Bonn, où ils venaient d’être numérisés après une grande collecte en 1910 de courriers de guerre dans toute la Prusse.
Le travail de lecture et de tri de cette masse de lettres en allemand est phénoménal… S’ajoute la difficulté que la plupart d’entre elles sont écrites en allemand gothique que même outre-Rhin les gens sont incapables de lire !
Avant de les traduire je dois les transcrire en alphabet latin avec de longs aller-retours pour retrouver, à partir de mots que j’ai pu décrypter grâce au contexte, les signes indéchiffrables qui rendent d’autres mots illisibles. Mais j’ai le temps de passer une heure sur certains mots avant qu’ils ne cèdent.
C’est long, mais quatre années me séparent encore de 2020, l’année des commémorations du cent-cinquantenaire, année que je vise pour trouver des lecteurs et avant eux, un éditeur intéressé.
Les semaines et les mois passent ; jour après jour, je passe des heures à « craquer » les lignes rédigées il y a 150 ans en gothique, à la manière d’un hacker qui casse des codes secrets… puis je les traduis.
En 2018, Pierre de Taillac est enthousiasmé par le projet. Un souci de moins ! Il me reste deux années de décryptage et de traduction pour épuiser le filon.
Début 2019, je me trouve à la tête de 350 lettres en français. L’éditeur trouve, à raison, que le matériau est trop considérable, qu’il faut éliminer des dizaines de lettres et ne garder que le meilleur de certaines.
Quel crève-cœur de ne pas conserver des documents que j’ai forcément appréciés, puisque je les ai d’abord retenus, puis déchiffrés et traduits ! L’éditeur me propose le concours de deux relecteurs de sa maison, qui ont plus de recul que moi, pour se prononcer sur l’intérêt des lettres. Je sollicite aussi mon copain Thierry, prof d’histoire agrégé, qui m’a guidé pour l’agencement des lettres dans le livre. Il me suggère à raison des regroupements par thèmes, plutôt que la suite chronologique que j’envisageais. Il se charge de rédiger une contextualisation par chapitre qui permet à un lecteur non historien de comprendre l’évolution de la guerre. Il ne peut m’aider que pendant les congés scolaires, mais nous sommes encore dans les temps…
En tenant compte de l’avis de mes 3 relecteurs, j’élimine et je coupe… Pour aucun d’eux, il n’y a beaucoup de scories, ce qui me flatte mais ne facilite pas ma tâche ! Le plus souvent je tiens compte de leurs avis, mais « j’impose » aussi quelques lettres que l’un d’entre eux n’aurait pas retenues. C’est qu’ils sont parfois en désaccord !
Automne 2019, je relis la maquette. Je suis toujours dans les temps !
Début mars, j’ai le bonheur de tenir dans mes mains mon dernier né, Lettres à Elise, 800 grammes, 25 cm, un bébé de belle facture qui fait la fierté de ses deux papas, qui ont hâte de le présenter à la ronde. Mais, patatras, toutes les librairies de France ferment quelques jours plus tard ! Dans le pire de nos cauchemars nous n’aurions pas cru cette mauvaise blague possible !
Cela dit, nous habitons le Haut-Rhin où le nombre de pages que les quotidiens régionaux consacrent aux annonces mortuaires a triplé. Nous savons que nous ne vivons qu’une contrariété passagère et que nous nous en remettrons quand d’autres sont restés au sol dans cette guerre d’un nouveau genre…
Il nous faut seulement différer le plaisir de voir notre livre sur les rayons des librairies qui rouvriront forcément un jour…
Mais quand même ! »

Message de Jean Louis Spieser - Lettres à Elise
Posté le par Pierre de Taillac

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